Tribune · Fiscalité & transmission · 27 septembre 2026

Héritage : de quel droit l’État hérite-t-il de nos enfants ?

Illustration en noir et blanc : une main transmet les clés d’une maison à une autre, sous la signature de Michel Mathieu et MM Conseil.

À chaque échéance électorale, le même débat revient : faut-il encore augmenter les droits de succession ? Comme si transmettre le fruit d’une vie de travail était devenu suspect. Comme si celui qui reçoit devait presque s’excuser de recevoir.

Mais avant de chercher une nouvelle fois dans la poche des Français, une question devrait être posée : quelles économies l’État est-il prêt à faire ?

Avant de taxer davantage ceux qui travaillent, épargnent et construisent, ne devrait-on pas s’interroger sur l’efficacité de la dépense publique ? Le citoyen doit-il éternellement payer davantage sans jamais pouvoir demander des comptes ?

Un patrimoine ne tombe pas du ciel.

Une maison, une entreprise, une épargne sont rarement le résultat d’un hasard. Derrière, il y a des années de travail, des sacrifices, des risques pris, des vacances parfois sacrifiées, des projets reportés et des revenus qui, eux, ont déjà été imposés.

On demande donc parfois à une même génération de payer lorsqu’elle gagne, de payer lorsqu’elle possède et de payer encore lorsqu’elle transmet. Où s’arrête la solidarité ? Où commence la spoliation ?

Car l’héritage n’est pas qu’une ligne dans un bilan comptable.

Une maison familiale, ce sont des repas, des anniversaires, des souvenirs. Une entreprise, c’est parfois le rêve d’un parent devenu réalité après des années de travail. Quelques économies peuvent représenter une vie entière de prudence et de renoncements.

Derrière une succession, il y a des êtres humains.

Transmettre, c’est le dernier geste d’un parent envers son enfant. C’est continuer à donner lorsque l’on ne sera plus là.

Et c’est ici que la parabole des talents prend tout son sens. Elle rappelle que ce qui nous est confié n’a pas vocation à rester immobile : chacun peut travailler, entreprendre, prendre des risques et faire fructifier ce qu’il reçoit.

Certains feront davantage fructifier leurs talents que d’autres. Est-ce une injustice en soi ?

L’égalité des droits est indispensable. Mais l’égalité des patrimoines ne peut pas devenir l’horizon d’une société libre.

Car à force de vouloir corriger toutes les différences, ne risque-t-on pas de décourager ceux qui travaillent, entreprennent et prennent des risques ? Quel message envoyons-nous à celui qui veut acheter son premier logement, créer son entreprise ou mettre de l’argent de côté pour ses enfants ?

Construis-tu pour demain… ou construis-tu pour que l’État puisse en reprendre une partie après toi ?

Bien sûr, l’impôt est nécessaire. La solidarité nationale est nécessaire. Mais un impôt n’est légitime que lorsqu’il reste proportionné et compréhensible.

Lorsque des héritiers doivent vendre la maison familiale simplement pour payer les droits, ce n’est plus seulement une question fiscale. C’est une question de transmission, de justice et de liberté.

Nous devrions avoir une ambition différente : permettre au plus grand nombre de travailler, d’entreprendre, d’épargner, de devenir propriétaire et, un jour, de transmettre.

Car une société saine ne devrait pas apprendre à ses citoyens à consommer ce qu’ils gagnent pour ne rien laisser derrière eux.

Elle devrait leur donner envie de construire.

Construire pour soi. Construire pour sa famille. Construire pour la génération suivante.

L’héritage ne devrait pas être considéré comme une rente suspecte. Il devrait être reconnu pour ce qu’il est aussi : le fruit d’une histoire, d’un travail et d’une transmission.

Un parent qui laisse quelque chose à son enfant ne cherche pas à contourner la société. Il cherche simplement à prolonger son histoire à travers lui.

Alors, plutôt que de demander d’abord : « Combien l’État peut-il encore prendre ? », demandons-nous plutôt :

« Comment permettre à chaque Français de construire quelque chose qu’il pourra, un jour, transmettre à ceux qu’il aime ? »

Parce qu’au bout du compte, l’héritage n’est pas seulement ce que les parents laissent.

C’est ce que les enfants peuvent encore devenir grâce à ce qu’ils ont reçu.